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La plaque carbone, le début d’une forme de dopage technologique ?

Temps de lecture : 6 minutes

L’optimisation des chaussures pour améliorer l’efficacité de course et atteindre de nouvelles performances a commencé il y un certain temps maintenant avec les premières chaussures boost du fabricant Adidas. L’idée était d’abord d’avoir une chaussure avec une semelle conséquente pour amortir les chocs. Il fallait ensuite qu’elle soit constituée d’un matériau apportant un bon retour d’énergie pour ainsi dynamiser la foulée du coureur. Chaque marque a ensuite développé sa chaussure. Le fabricant Nike a alors, en très peu de temps, passé la vitesse supérieure avec la plaque carbone.

 

 

C’est la commercialisation des Nike Vaporfly 4%, et plus récemment la Nike Vaporfly Next%, qui a lancé ce débat de dopage technologique. L’innovation des Nike Vaporfly 4% était d’insérer une plaque de carbone dans la semelle de sorte à obtenir un retour d’énergie conséquent. Celui-ci peut, d’après Nike, “améliorer de 4% l’économie de course”. Depuis la sortie de ces chaussures en 2017 à l’occasion du projet “breaking2” qui avait pour but de passer sous les deux heures au marathon, le nombre de records et de performances plus incroyables les unes que les autres ne cessent de grandir. Dans la majorité des cas, c’est avec les fameuses Vaporfly. Ce simple constat lance alors le débat. Est-ce que le gain de performance fourni par ces chaussures est tel que l’on puisse parler de dopage technologique ?

 

 

Cet article n’a pas pour but d’apporter une réponse à cette question qui nécessiterait plusieurs études expérimentales poussées. Il s’agit de plus, d’une question qui relève de l’éthique. À partir de quand considère-t-on que l’apport est trop important ? En revanche, l’idée est d’éclaircir certaines informations et idées reçues. En somme, il s’agit d’un article factuel pour avoir la vision la plus objective possible sur le sujet. Nous ferons également un point sur la situation actuelle sur la réglementation concernant ces chaussures.

 

 

 

 

1 – Une pluie de nouveaux records

 

 

Commençons par faire un état des lieux des records dans le monde de l’athlétisme depuis l’arrivée de ces chaussures. Comme dit plus haut, la plaque carbone a fait son entrée en scène en 2017 avec Nike et sa chaussure Vaporfly 4% lors du projet “breaking2”. Record du monde du marathon de Eliud Kipchoge à Berlin en 2019 avec un chrono stratosphérique de 2h01min. Record du monde du marathon féminin par la kényane Brigid Kosgel le 13 octobre 2019 avec un chrono de 2h14min04s. Plus encore, en décembre 2019, c’est 73 coureurs parmi les 100 meilleurs français qui pulvérisent leurs records personnels sur les 10 km de la corrida de Houille avec une amélioration moyenne du chrono de 44,7 secondes. Nous pourrions en citer plein d’autres comme le record mondial et européen du 5 km route respectivement établi par Joshua Cheptegei et Jimmy Gressier à la Monaco Run le 16 février 2020.

 

 

Voici le genre de résultats qui apparaissent dans les médias et les réseaux sociaux depuis l’entrée en scène de ces souliers en or. Dis comme ça, il est légitime de s’interroger sur le potentiel avantage procuré par ces chaussures. Avant cela, il est bon de voir ce qui est moins mis en avant. Par exemple, lorsque Eliud Kipchoge échoue aux portes du record du monde à Berlin en 2017. Il était chaussé des nouvelles Nike Vaporfly 4%. Pourtant, il est talonné de près, 30 secondes derrière, par Guye Adola qui courait en Adidas. Est-ce que si Adola avait eu les Nike Vaporfly, il aurait battu Kipchoge et le record du monde au passage ? Bonne question. Plus récemment, le 12 janvier 2020, Rhonex Kipruto s’est emparé du record du monde du 10 km route à Valence avec un temps affolant de 26’24. Il bat au passage le record du monde du 5 km route (13’18) lors de la course (record qui a été battu depuis par un certain Joshua Cheptegei). Rhonex Kipruto courait pourtant avec des Adidas sans plaque carbone.  

 

 

Ces contre-exemples nous amènent donc à nous demander si ces chaussures munies d’une plaque carbone apportent un véritable avantage, ou si cela n’est pas seulement le fruit d’une excellente communication de la part de Nike. Même si ces contre-exemples existent, ils restent minoritaires… Sont-ils l’exception qui confirme la règle ? Comment expliquer cette pluie de records ?  En réalité, il n’existe aucune vraie réponse à ces questions. En effet, de nombreux facteurs peuvent expliquer cette tendance.

 

 

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2 – Des preuves scientifiques ?

 

 

Avant même de pouvoir parler de “dopage technologique”, il faudrait pouvoir quantifier l’apport réel de ces chaussures sur les performances. Plus précisément, il serait intéressant d’étudier le retour d’énergie qu’elles fournissent. C’est pourquoi nous avons regardé ce que disent les études scientifiques réalisées sur le sujet.

 

 

Après quelques recherches, force est de constater qu’il y a eu très peu d’études réalisées sur le sujet. Une étude, publiée le 16 Novembre 2017 a néanmoins fait parler d’elle. En effet, dans celle-ci, des expériences sur plusieurs athlètes utilisant trois types de chaussures différentes dont les vaporfly 4% ont permis de montrer que ces dernières amélioreraient l’économie de course de 4%, ce qui est énorme pour des athlètes de haut niveau soit dit en passant. Le problème c’est que lorsqu’on regarde cette étude de plus près, on peut voir qu’elle a été financée par Nike, faisant alors planer des doutes sur la fiabilité des tests qui s’apparentaient alors plutôt à un argument de vente marketing. Certains experts se sont alors exprimés sur cette publication, notamment Blaise Dubois, physiothérapeute et fondateur de la Clinique du Coureur. Il démontre très clairement lors d’une courte vidéo youtube qu’il est impossible que ces chaussures améliorent l’économie de course de 4%.

 

 

Quoiqu’il en soit, les Vaporfly Next% sorties récemment semblent de façon évidente fournir un retour d’énergie non négligeable, comme peut en attester par exemple une vidéo réalisée par le Triathlète français Vincent Luis lançant la chaussure au sol pour voir le rebond. L’avantage procuré par ces chaussures semble tellement flagrant, qu’aujourd’hui, lorsqu’un chrono est réalisé, le type de chaussure utilisé est nécessairement renseigné. 

 

 

plaque carbone et dopage technologique

 

 

 

 

3 – Les conséquences éventuelles sur le monde de la course à pied

 

 

Regardons maintenant les différents problèmes qui peuvent découler de l’utilisation de ces chaussures. Le premier vient du fait que Nike possède le monopole des ventes de chaussures de running. Leurs actions marketing sont par ailleurs très puissantes, créant alors l’engouement rapidement parmi les coureurs de tous niveaux. Cependant, le prix des chaussures s’est envolé avec leur efficacité, ne les laissant accessibles qu’à une minorité. Il en va de même avec les autres marques qui proposent aujourd’hui presque toutes des chaussures dotées de plaque carbone. Ces chaussures apportant potentiellement un avantage, crée des disparités sur les courses, même au sein des courses locales.

 

 

Plus encore, Nike a montré qu’il était possible d’aller très loin dans l’amélioration des chaussures. Il est donc légitime de se demander ce qui empêche maintenant n’importe quel fabricant de chaussure d’aller encore plus loin. Il était donc nécessaire de définir un cadre. Le 28 juillet 2020, la fédération internationale d’athlétisme a fixé les règles en matière d’épaisseur de semelle. Il faut retenir que pour les courses sur piste supérieures à 800m, la hauteur de semelle maximale est de 25mm, rendant alors impossible l’utilisation des Nike Vaporfly, ou de la Saucony Endorphine Pro ou encore de la Adidas Adizero Pro. Néanmoins, la hauteur maximale de semelle sur route est de 40 mm. Ces chaussures sont donc tout à fait utilisables en compétition sur route.

 

 

Cela pose également la question de l’acceptabilité des records du monde établis avec ces chaussures. En effet, ces derniers font passer les précédents records pour des performances maintenant « normales » voire « dérisoires ». En effet, la comparaison des records réalisés avec ces chaussures et les anciennes est difficile. Là aussi il est légitime de se demander si la personne qui avait établi l’ancien record n’aurait pas fait mieux avec ces chaussures.

 

 

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Conclusion

 

 

Il est très clairement difficile de savoir si l’amélioration de tous ces records est due aux progrès technologiques dans les chaussures ou à l’augmentation du niveau global en course à pied dans le monde. Néanmoins, il semble clair que le rôle de la chaussure ait pris une part non négligeable dans l’appréciation des résultats. Le risque maintenant est que le mérite soit attribué aux chaussures plutôt qu’aux athlètes et à leur travail.

 

 

Il semble alors se dessiner deux points de vue dans la communauté des coureurs. Le premier est que la technologie évolue, et que le sport doit évoluer avec. Plusieurs grands athlètes sont de cet avis, notamment Eliud Kipchoge, recordman du monde du marathon à Berlin en 2018 et meilleur marathonien mondial du moment. Selon lui, « They are fair. I trained hard. Technology is growing and we can’t deny it – we must go with technology ». Le second point de vue est qu’il faut revenir à l’essentiel même de ce qu’est la course à pied : un moyen naturel de déplacement pour l’homme, permis par ses muscles et le reste de son corps, et dont la performance est uniquement liée à l’individu en lui-même et son entraînement. Alors vous êtes dans quel camp ?

 

 

 

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